Le Kimberley
Nous quittons la ville de Kununurra pour entamer la traversée du Kimberley qui est souvent considéré comme l’une des dernières grandes régions sauvages de la planète. La route est relativement sans intérêt et il n’y a qu’un seul point de ravitaillement qui permet d’interrompre la monotonie des 360 kilomètres de l’étape du jour. C’est justement lors de cet arrêt que j’ai la mauvaise surprise de retrouver la Salamandre sur le flanc en ressortant de la station service. Une bécasse n’a pas regardé en reculant avec son Sprinter, et elle m’a foutu la moto parterre. Heureusement qu’il n’y a pas de dégâts, mais j’ai du me retenir pour rester relativement aimable.
On s’arrête ensuite pour la nuit à Halls Creek où nous avons le plaisir de faire la connaissance de Stefan et Andrea, un couple de Suisses qui voyagent pour quelques semaines en Australie. Nous passons la soirée ensemble, à partager nos expériences respectives autour de quelques bières et autres bouteilles de rouge, histoire de fêter dignement ce jour de fête nationale suisse.
Quand je disais que le Kimberley est isolé et sauvage, nous en avons eu une nouvelle illustration sur le tronçon allant de Halls Creek à Fitzroy Crossing. Ce sont 290 kilomètres de néant durant lesquels il n’y a pas une seule maison, pas de station service et aucune âme qui vive. On roule sous un soleil de plomb en suivant ce long ruban d’asphalte bordé par une savane aride, avec quelques rares reliefs de grès rouge et de nombreux rapaces qui ont l’air d’attendre leur proie que nous n’espérons pas devenir. Heureusement que la Salamandre ne faiblit pas et nous atteignons sans soucis la communauté de Fitzroy Crossing où il n’y a pas grand chose à part le lodge où nous pouvons nous restaurer et passer la nuit.
Après des milliers de kilomètres dans l’Outback, on pensait avoir développé une certaine tolérance aux longues lignes droites, mais je crois qu’un vrai motard ne peut pas s’y habituer. La Great Northern Highway entre Fitzroy Crossing et Broome est une véritable épreuve mentale, une route qui donne l’impression de rouler dans un décor figé. Pendant des dizaines de kilomètres, l’horizon ne change presque pas. Quelques termitières, des buissons rabougris, une vache qui hésite à traverser, puis à nouveau une interminable ligne droite. Le compteur défile, le paysage semble faire des copier-coller sur lui-même et les kilomètres paraissent deux fois plus longs qu’ils ne le sont réellement. Même les road trains finissent par apporter un peu d’animation à cette monotonie. C’est une étape qu’il faut accepter comme un passage obligé, mais ce n’est clairement pas celle qui nous laissera les plus beaux souvenirs de l’Australie. Heureusement, après 400 kilomètres d’ennui, nous arrivons enfin dans la ville de Broome sur les rives de l’océan Indien. Retrouver la mer, les palmiers et une ville vivante fait un bien énorme après cette traversée interminable, et ça donne presque l’impression de revenir à la civilisation.
Nous restons deux jours complets à Broome afin de nous reposer et on en profite pour faire effectuer le service de la Salamandre et faire monter un nouveau train de pneus. Comme ca on devrait être parés pour le reste de notre périple australien.
Broome est une petite ville côtière d’environ 15’000 habitants qui se trouve sur une péninsule entre l’océan Indien et la baie de Roebuck. Son atmosphère multiculturelle est profondément marquée par l’histoire de la pêche perlière. À la fin du XIXᵉ siècle, l’industrie de la perle a attiré des plongeurs et des travailleurs japonais, malais, chinois, philippins, indonésiens et européens. Cette diversité est encore visible aujourd’hui dans la gastronomie, dans les cimetières historiques et dans l’ambiance du cœur historique de la ville appelé Chinatown.
En quittant Broome vers le Sud par la Great Northern Highway, on laisse progressivement derrière nous les couleurs emblématiques du Kimberley. Les falaises rouges cèdent peu à peu la place à un paysage plus sec et minéral, où les arbres sont plus clairsemés et l’horizon toujours plus vaste. La route est longue et presque parfaitement rectiligne, la circulation est faible et la chaleur augmente. Après 290 kilomètres de néant, c’est par 37 degrés que nous atteignons le relais de Sandfire Roadhouse où nous allons pouvoir nous restaurer et passer la nuit. C’est plutôt basique comme hébergement, mais c’est la seule possibilité pour éviter de faire 600 kilomètres d’une traite.
Cet endroit porte vraiment bien son nom avec l’association des mots ‘sable’ et ‘feu’ qui décrivent de façon imagée la proximité du Great Sandy Desert tout proche. Ici s’achève le Kimberley sauvage, et devant nous commence l’immense traversée du Pilbara, où l’Outback prend une dimension encore plus infinie…
Le Kimberley