Entre Top End et Kimberley
Après cinq semaines de vacances en Indonésie, nous voici de retour à Darwin pour la suite de notre périple australien. On y passe 3 jours qui sont principalement dédiés à nous remettre en mode voyage. Je récupère la Salamandre dans son local de stockage et nous réorganisons nos affaires afin que tout rentre à nouveau dans les caisses de la moto. C’est plus vite fait que prévu et nous avons le temps d’apprécier encore Darwin et son agréable front de mer, ainsi que de visiter le Musée et galerie d'art du Territoire du Nord. On y trouve un mélange très intéressant d’histoire de la région, d’art aborigène et de sciences naturelles. Et on termine notre séjour à Darwin par une balade au Mindil Beach Sunset Market qui est un marché en plein air qui combine artisanat local et street food de multiples horizons. J’en profite pour faire l’acquisition d’un chapeau australien en cuir de kangourou qui me sera bien utile pour la suite du voyage.
On quitte Darwin en direction du Sud pour une étape de transition de 315 kilomètres qui doit nous amener jusqu’à la ville de Katherine. Comme nous avons déjà fait ce trajet dans l’autre sens il y a quelques semaines, nous n’avons pas de raison de nous attarder mais un accident qui bloque la Stuart Highway pour plusieurs heures nous oblige à faire un détour de presque 100 kilomètres. Et on peut s’estimer heureux qu’un itinéraire alternatif soit possible, car ce n’est pas une évidence dans l’Outback. Nous arrivons finalement à l’étape du jour et on décide d’aller se baigner aux Katherine Hot Springs qui sont des bassins thermaux naturels aux eaux cristallines, nichés dans une végétation tropicale au bord de la rivière. Avec une eau à environ 25–30 degrés, c’est l’endroit idéal pour une baignade relaxante après cette journée de roulage plus longue que prévu.
En quittant Katherine nous empruntons la Victoria Highway en direction du Sud-Ouest, au travers d’un paysage de savane tropicale ponctuée d’eucalyptus et de termitières géantes. Après une centaine de kilomètres, des falaises de grès rouge remplacent peu à peu la savane et on commence également à voire quelques vastes stations d’élevage. Un buffle se promenant le long de la route se lance dans une course effrénée à l’approche de notre moto, probablement effrayé par le bruit du moteur de la Salamandre. Nous arrivons ensuite dans le district de Victoria River qui est traversé par le fleuve du même nom. Les reliefs deviennent plus accidentés et la route serpente entre des escarpements rouges offrant de très beaux panoramas. Nous atteignons finalement Timber Creek qui est la seule véritable localité que nous rencontrons depuis que nous avons quitté Katherine. On y trouve une station service, un restaurant et un motel pour passer la nuit. Dans les alentours de notre logement nous pouvons voir de nombreux boabs, ces arbres de la famille des baobabs que l’on trouve dans le nord-ouest de l’Australie. Son tronc énorme et renflé peut atteindre plusieurs mètres de diamètre et il peut vivre plus de 1000 ans. Et pour bien terminer la journée, on fait encore une petite virée jusqu’à un point de vue afin d’admirer le coucher du soleil sur la vallée de la Victoria River et sur les falaises du plateau de Judbarra.
Nous continuons notre progression vers l’Ouest en suivant une très belle portion de la Victoria Highway à travers d’immenses plaines de savane entrecoupées de falaises de grès rouge. Nous sommes en plein hiver australien et avec 25 degrés de moyenne pendant la journée, la température est parfaite pour la moto. On voit de plus en plus de boabs, dont certains sont vraiment imposants avec un tronc de plus de 15 mètres de circonférence. Une photo avec la Salamandre en premier plan permet de mieux réaliser les dimensions de cet arbre.
Après quelques 180 kilomètres nous quittons l’état du Northern Territory pour arriver dans celui de Western Australia. Un arrêt photo est de circonstance, tout comme le passage au contrôle de quarantaine qui interdit de passer avec des produits frais d’origine végétale ou animale. Le passage de la frontière entre ces deux états marque également l’arrivée dans la région du Kimberley avec ses sols d’un rouge intense et ses nombreux reliefs. Nous faisons encore un détour jusqu’au Lake Argyle qui est l’un des endroits les plus impressionnants du Kimberley. Ce n’est pas un lac naturel mais un immense réservoir créé par la construction du barrage de l’Ord River, achevé en 1971. L’objectif était d’alimenter le vaste projet d’irrigation de la vallée de l’Ord, qui permet aujourd’hui la culture de mangues, melons, bois de santal et de nombreuses autres productions tropicales. Le lac fait près de 70 kilomètres de long et a une surface de près de 1000 kilomètres carrés, ce qui représente le double du lac Léman. On y fait la rencontre de Louis Palmer, un Lucernois qui est la première personne à avoir accompli un tour du monde en voiture solaire, entre 2007 et 2008, au volant de son Solartaxi. Nos plaques Suisses ont attiré sa curiosité et on a échangé brièvement sur nos expériences respectives pour une nouvelle belle rencontre de voyage.
Nous arrivons finalement dans la petite ville de Kununurra qui est considérée comme la porte d'entrée orientale de la spectaculaire région du Kimberley.
À partir de Kununurra nous faisons un aller-retour d’environ 150 kilomètres afin d’aller explorer la Emma Gorge qui est l’un des sites les plus spectaculaires du parc national d’El Questro. C’est également le seul site du parc qui est accessible pour nous, car le reste se trouve plus loin le long de la Gibbs River Road et l’accès n’est autorisé qu’aux véhicules 4x4.
Une heure de marche le long d’un sentier plutôt escarpé qui suit le lit de la rivière nous permet d’atteindre un immense amphithéâtre rocheux dominé par des falaises de près de 65 mètres de haut. Une cascade en fines gouttelettes tombe en permanence dans un bassin d’eau cristalline où l’on peut se baigner, ce qui est vraiment agréable et très rafraîchissant. L’endroit est magnifique et on en profite pendant une petite heure avant d’entamer le chemin du retour. Juste avant d’arriver à Kununurra, nous apercevons un immense crocodile depuis la route qui longe le barrage. Il s’agit apparemment d’un habitué que les locaux surnomment The Gate Keeper, et qui est souvent présent dans la rivière en aval du barrage. Avant de rejoindre notre hôtel, on fait un ultime détour afin d’aller voir le passage à gué de Ivanhoe Crossing. Ce passage en béton de forme courbée traverse l’imposante rivière Ord et est submergé en permanence par 30 à 50 centimètres d’eau. La traversée n’est autorisée que pour les véhicules 4x4 et uniquement lorsque le niveau d’eau n’est pas trop élevé. Il est fortement déconseillé de s’y aventurer à moto car la surface peut être très glissante et les crocodiles sont aux aguets.
L’une des attractions principales du Kimberley est le Purnululu National Park où l’on trouve les célèbres dômes rayés orange et noir appelés Bungle Bungle. Cependant cet endroit est très isolé et comme de nombreux autres sites australiens, il n’est accessible qu’en véhicule 4x4. On décide donc de se faire une petite folie et de s’offrir un survol des Bungle Bungle et du Lake Argyle à bord d’un petit avion. Nous nous levons donc aux aurores pour rejoindre l’aérodrome de Kununurra d’où nous décollons à 6 heures en compagnie de six autres passagers. Un vol de deux heures nous emmène au dessus de cette immensité sauvage et nous survolons tour à tour le Lake Argyle, les formations rocheuses des Bungle Bungle, une ancienne mine de diamants et les plaines cultivées autour de la Ord River. Les Bungle Bungle sont constitués de plus de 300 kilomètres carrés de dômes de grès en forme de ruches, dont les couleurs alternant des bandes orange et des bandes gris foncé leur donne un aspect rayé. Ces formations se sont déposées il y a environ 360 millions d’années, mais leur relief actuel résulte de millions d’années d’érosion par le vent et les pluies. Il s’agit de l’un des paysages les plus spectaculaires d’Australie et le site est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce fut une expérience unique qui nous en a mis plein les yeux et qui nous a permis d’avoir un point de vue différent sur l’immensité et la beauté sauvage de l’Outback…
Entre Top End et Kimberley