Pilbara et North West Cape

Nous quittons la région du Kimberley pour entrer dans le Pilbara qui est considéré comme le royaume de la roche rouge, qui contraste avec un ciel presque toujours d’un bleu éclatant. Les distances y sont immenses et les énormes trains routiers et autres convois miniers rappellent que le Pilbara est aussi le cœur économique de l’Australie. Sous cette terre aride se cachent certaines des plus grandes réserves de minerai de fer au monde, expédiées depuis les ports de Port Hedland et Dampier vers les aciéries d’Asie. C’est justement dans la ville portuaire de Port Hedland que nous faisons notre première étape. C’est la capitale industrielle du Pilbara et le plus grand port d’exportation de minerai de fer au monde. Ici, tout est gigantesque. Les trains de minerai qui arrivent depuis les mines de l’intérieur du Pilbara font presque 3 kilomètres de long, ainsi que les dizaines d’immenses vraquiers qui attendent au large avant de charger des centaines de milliers de tonnes de minerai destinées principalement à la Chine, au Japon et à la Corée. Port Hedland est également le cœur de l’industrie du sel en Australie avec les immenses bassins d’évaporation aux teintes variant du rose au blanc selon la lumière, qui produisent chaque année plusieurs millions de tonnes de sel marin. Ce n’est certes pas une ville côtière ordinaire, mais plutôt un endroit qui permet de se faire une petite idée du gigantisme de l’industrie minière australienne.

Le vent s’est levé sur la côte Nord-Ouest de l’Australie et ce matin en quittant Port Hedland on avait comme l’impression de rouler sur les plaines infinies de Patagonie. On a roulé sur l’angle malgré les lignes droites, afin d’appuyer la moto contre des rafales latérales soufflant à plus de 50 km/h. C’est un bon moyen d‘user un peu les pneus sur les flancs, mais au bout d’une heure on est quand même content que le vent se calme. Au fur et à mesure que l’on progresse, le relief devient plus marqué et annonce l’approche de Karratha qui est également une ville minière, entourée de paysages spectaculaires de collines rouges surplombant l’océan Indien. La ville elle même est sans intérêt mais c’est une bonne base pour accéder à la péninsule de Burrup et au parc national de Murujuga que nous visiterons demain.
Nous faisons donc une petite virée d’une soixantaine de kilomètres sur la péninsule de Burrup afin d’explorer un peu cet endroit particulier. On débute par un petit café sur le front de mer de l’agglomération de Dampier, qui existe surtout au travers de l’industrie minière et gazière. Nous roulons ensuite jusqu’à l’immense complexe du North West Shelf Project qui est l’un des projets ayant lancé l’industrie australienne du gaz liquide à grande échelle. C’est assez particulier de rouler dans cet environnement avec un paysage où l’on voit d’énormes amas de roches rouge sombre, la mer turquoise en toile de fond et au milieu de tout ça, des installations industrielles gigantesques.
Une partie de la péninsule est constituée par le parc national Murujuga qui est inscrit au patrimoine de l’Unesco depuis juillet 2025. Un sentier aménagé permet de se balader dans un amas de roches dont certaines laissent apercevoir des espèces de gravures appelées pétroglyphes qui auraient été faites par les aborigènes il y a plusieurs milliers d’années. Intéressant, mais sans plus. Nous faisons ensuite encore quelques photos sur la belle plage de Hearson’s Cove avant de revenir à Karratha pour le repas et une fin de journée tranquille.

Nous quittons Karratha pour reprendre notre progression le long de la côte en direction du Sud-Ouest. Une route faite de longues lignes droites bordées de terres rouges et de collines rocheuses, où l’on mesure une fois de plus l’immensité de l’Australie. Après près de 250 kilomètres, nous bifurquons vers Onslow et le décor commence à changer. Le relief disparaît, la végétation se fait plus rare et d’immenses étendues blanches apparaissent soudain de part et d’autre de la route. Ce sont les salines qui appartiennent à la société Onslow Salt, et qui sont impressionnantes par leur taille. L’eau de mer est acheminée dans de vastes bassins d’évaporation où le soleil et le vent font progressivement leur travail, jusqu’à ne laisser que le sel. Selon les bassins, les couleurs passent du blanc éclatant à différentes nuances de bleu et parfois de rose, créant un contraste saisissant avec la terre rouge du Pilbara. Quelques kilomètres encore et nous arrivons finalement à Onslow, cette petite ville isolée au bord de l’océan Indien, et qui donne l’impression d’être coincée entre l’Outback, les salines et la mer.
En quittant Onslow on s’arrête à nouveau pour quelques photos au bord des bassins d’évaporation des salines qui offrent des contrastes de couleurs assez magnifiques. S’ensuit une nouvelle étape de routes rectilignes à travers les terres rouges de l’Outback, durant laquelle nous quittons le district du Pilbara pour rejoindre celui de Gascoyne et plus particulièrement la région du golfe d’Exmouth. Nous prenons nos quartiers pour deux nuits à Bullara Station, une ferme d’élevage qui a développé en parallèle une activité d’hébergement touristique. On y trouve des places de camping aménagées, divers types d’hébergements de style cabines et un café-bar-restaurant à l’ambiance très conviviale, où les voyageurs se retrouvent autour d’un verre ou plus, selon entente.

On a eu la chance de trouver deux places d’observateurs sur un bateau qui emmène les touristes faire du snorkelling avec les requins baleines. Comme c’est aussi la saison des baleines à bosse, on espère pouvoir en observer durant la navigation. L’embarquement a lieu à environ 100 kilomètres au nord de notre logement et on doit donc partir à 6 heures du matin afin d’être à l’heure au rendez-vous. A cette heure matinale il fait très frais dans l’Outback et on roule pendant une heure par une température de 5 degrés. Après avoir embarqué, j’enfile une combinaison néoprène afin de faire un premier snorkelling d’acclimatation auquel tout le monde a droit, dans une eau trop fraîche pour Beate. Il y a beaucoup de houle mais je peux quand même voir quelques poissons, une raie et un requin tigre. On se contente ensuite de notre rôle d’observateurs et on a la chance de voir, ou plutôt d’apercevoir plusieurs baleines à bosse qui nagent aux alentours du bateau. C’était finalement une très belle journée en mer et c’est bien fatigués que l’on rejoint notre hébergement, après une nouvelle heure de route dans l’autre sens. On a bien mérité la bière et la pizza, avant un gros dodo.
Notre progression le long de la côte nord-ouest de l’Australie touche à sa fin et la petite station balnéaire de Coral Bay où nous faisons une pause café, marque la fin de cette traversée. A partir de ce point nous mettons le cap au Sud, et le passage de la ligne imaginaire du tropique du Capricorne marque symboliquement le début de la descente le long de la côte ouest…

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