La côte Ouest
À partir de Coral Bay nous mettons le cap au Sud, et le passage de la ligne imaginaire du tropique du Capricorne marque symboliquement le début de la descente le long de la côte ouest. Nous faisons étape pour deux nuits dans la petite ville de Carnarvon et comme notre cabine est toute neuve et très bien équipée, on va faire quelques courses afin de pouvoir nous cuisiner quelques bons petits plats qui vont nous changer de la popote australienne.
Nous partons pour une petite virée jusqu’à Point Quobba qui est une côte sauvage située à une soixantaine de kilomètres au nord de Carnarvon. L’endroit offre deux visages totalement différents à quelques centaines de mètres de distance. D’un côté il y a le site des Blowholes, où la puissance de l’océan projette l’eau sur une plateforme rocheuse très dure, creusée de cavités et de tunnels. Lorsque les grosses vagues arrivent, l’eau est comprimée dans ces cavités et ressort verticalement par les ouvertures en produisant de véritables geysers marins qui peuvent atteindre jusqu’à 20 mètres de hauteur. Le paysage autour est très brut avec une roche ocre et brun foncé qui contraste avec le bleu profond de océan Indien. À moins d’un kilomètre de ces éléments déchaînés se trouve The Aquarium, une petite lagune turquoise protégée par le récif. À cet endroit l’eau devient calme, peu profonde et souvent très claire, avec plage blanche, coraux et poissons tropicaux. Le lieu est idéal pour la baignade et nous en profitons pour nous rafraîchir avant de reprendre la route pour revenir à Carnarvon.
De Carnarvon à Shark Bay, la route file plein sud à travers ces grands espaces typiques de la côte ouest australienne. Nous faisons un premier arrêt au Wooramel Lookout, pour prendre un peu de hauteur et contempler l’immensité du bush, avec la route qui semble se perdre jusqu’à l’horizon. Un peu plus loin nous franchissons le 26ème parallèle qui marque symboliquement le début du sud-ouest de l’Australie. Mais en cette période de l’année, c’est surtout une magnifique palette de couleurs qui accompagne notre route. Le bush habituellement si sec est couvert de fleurs sauvages et un panaché de jaune éclatant, de blanc, de rose et de violet apparait par dizaines de touches au bord de la chaussée, formant même parfois un véritable tapis multicolore. Nous bifurquons ensuite vers Shark Bay et une longue ligne droite plus tard, nous rejoignons bientôt les eaux turquoise de l’océan Indien. Après une bonne nuit de repos, nous partons à la découverte de cette immense péninsule classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Premier arrêt à Eagle Bluff Lookout, où une passerelle domine une baie aux nuances incroyables de bleu. Depuis les hauteurs, on aperçoit les bancs de sable et les herbiers marins, et avec un peu de chance on aurait même pu voir quelques requins, raies ou dugongs évoluant dans les eaux peu profondes. Nous poursuivons ensuite jusqu’à Denham qui est une petite localité paisible posée au bord de la mer. Rien de bien spécial à part une longue plage et cette ambiance tranquille du bout du monde typique de l’Australie occidentale. Sur le retour nous nous arrêtons encore sur la plage de Shell Beach qui est certainement l’un des sites les plus surprenants de Shark Bay. Ici, pas de sable car la plage est constituée de milliards de minuscules coquillages blancs accumulés sur plusieurs mètres d’épaisseur. Leur blancheur éclatante contraste avec le bleu intense de l’eau et donne au lieu une atmosphère presque irréelle.
En revenant à la moto on a encore l’incroyable surprise de trouver une boîte de Ricola et un tube de crème solaire de l’armée Suisse déposés dans le casque de Beate, accompagnés d’un petit mot de salutations et de bonne continuation (cf. dernière photo). L’immatriculation de la Salamandre a attiré l’attention d’un couple de jeunes Suisses en vacances en Australie, et ils nous ont fait un petit coucou à leur manière, d’une façon touchante et spontanée. Ils ont également laissé leur numéro de téléphone et si tout va bien, on devrait arriver à se rencontrer dans quelques jours…
La route entre Shark Bay et Kalbarri nous offre à nouveau plusieurs changements d’atmosphère et de paysage. Au départ, on traverse encore de longues étendues de bush australien, sauvages et presque infinies. Puis le paysage s’ouvre, les terres deviennent plus vertes, les champs cultivés apparaissent et les couleurs changent complètement en passant du rouge et de l’ocre de l’Outback aux verts et jaunes des zones agricoles. À l’approche de Kalbarri nous avons de nouveau droit à un nouveau décor. La route rejoint l’océan et on retrouve le bleu intense de l’océan Indien, avec d’énormes vagues qui viennent s’écraser sur les bancs de sable, juste à l’embouchure de la Murchison River.
On reste trois nuits dans la petite localité de Kalbarri où nous faisons la connaissance de Angela & Reto et de Mélanie & Nando, deux couples qui viennent du canton de Schwitz et qui sont actuellement en vacances en Australie. On passe deux chouettes soirées en leur compagnie, à échanger sur nos expériences respectives et à leur faire partager les anecdotes que nous avons accumulées durant notre voyage.
Nous faisons également la visite de certains sites du Kalbarri National Park, dont le Sky Walk et la Nature’s Window. Le premier est une passerelle impressionnante qui offre une vue en surplomb sur les falaises et les gorges profondes creusées par la Murchison River, avec des roches aux incroyables nuances de rouge, orange et ocre. Quand au deuxième, c’est l’un des sites emblématiques du parc. Il s’agit d’une ouverture naturelle, sculptée par l’érosion dans les couches de grès rouge, qui forme une véritable fenêtre sur les gorges de la Murchison River. Il a fallu des millions d’années à la nature pour façonner ce paysage qui semble presque trop parfait pour être naturel…
La côte au Sud de Kalbarri fait toujours partie du parc national du même nom et on fait plusieurs arrêts afin d’admirer ces paysages bruts, où d’immenses falaises ocre et rouge plongent dans l’océan Indien. Le contraste entre la roche sculptée par l’érosion, le bleu profond de la mer et l’écume blanche des vagues donne au paysage un côté sauvage et monumental.
Au fil des kilomètres le relief devient plus plat et le décor change totalement lorsque nous arrivons sur les rives du Hutt Lagoon qui est à juste titre surnommé le Pink Lake. Selon la concentration en sel, le niveau d’eau, l’ensoleillement et la couverture nuageuse, ce lac peut apparaître rose pâle, rose bonbon, rougeâtre ou même légèrement violet. Une micro-algue vivant dans cette eau hypersalée produit du bêta-carotène sous l’effet du soleil, teintant ainsi le lac de rose.
En poursuivant vers la ville de Geraldton, le paysage se transforme encore. Peu à peu, le bush laisse place à de vastes terres agricoles avec des champs verts et dorés qui ondulent sur de douces collines. Les fermes, les silos et les grandes parcelles cultivées annoncent une région beaucoup plus fertile et habitée. Ça fait d’ailleurs tout drôle de se retrouver dans un environnement urbain après plusieurs semaines passées dans l’isolement de l’Outback.
Nous quittons Geraldton vers le sud et rejoignons la fameuse Indian Ocean Drive. Avec un nom pareil, on s’attend forcément à une route spectaculaire longeant l’océan mais les premiers kilomètres sont plutôt décevants. Beaucoup de bush, de longues lignes droites et l’océan Indien qu’on aperçoit à peine, car masqué par la végétation et les dunes de sable. On fait un petit détour jusqu’à un joli point de vue sur le Leeman Salt Lake avant d’arriver à Jurien Bay où nous faisons étape pour deux nuits. Jurien Bay est une petite station balnéaire tranquille, entourée de dunes de sable blanc et posée au bord des eaux turquoise de l’océan Indien. C’est également pendant cette étape que notre brave Salamandre vieillit d’une dizaine de milliers de kilomètres supplémentaires, avec le passage de la barre des 140’000 kilomètres.
Depuis Jurien Bay nous faisons une virée jusqu’au Pinnacles Desert qui se situe au sein du Nambung National Park. Ce désert pas commun propose un décors presque irréel avec ces formations calcaires qui surgissent du sable jaune. Ce paysage étonnant est le résultat de milliers d’années d’évolution. À l’origine le sable était riche en fragments de coquillages marins qui, avec le temps, se sont transformés en calcaire. La pluie, les racines de la végétation puis l’érosion du vent et de l’eau ont progressivement fait disparaître les couches les plus tendres, ne laissant debout que les parties les plus résistantes. C’est ainsi qu’ont été dégagées ces milliers de colonnes et aiguilles calcaires, parfois hautes de 3 à 4 mètres. Un site vraiment étonnant et probablement l’un des paysages les plus insolites rencontrés jusqu’ici sur la côte ouest de l’Australie. Et pour les Suisses qui me lisent, je dirais que c’est un peu comme une multitude de minis pyramides d’Euseigne, pour faire allusion à ce beau Valais qui m’a vu naître.
La dernière portion de l’Indian Ocean Drive est toujours aussi décevante et après avoir longé plusieurs dunes de sable blanc et profité de quelques rares fenêtres laissant apercevoir l’océan Indien, nous atteignons finalement la ville de Perth que nous nous réjouissons de découvrir…
La côte Ouest