Le Centre Rouge
Nous partons tôt pour une longue étape en direction de Alice Springs, et la réponse à la question concernant la suite de notre itinéraire est donc le Sud. Le GPS indique un kilométrage total de 504 kilomètres et le prochain changement de direction est prévu dans 503 kilomètres ! Autant dire qu’on ne va pas faire beaucoup de virages aujourd’hui. On est encore et toujours stupéfaits par l’immensité et l’isolement des contrées que l‘on traverse depuis bientôt une semaine. Pour mettre les choses en perspective, il faut comprendre que L‘Australie représente 14 fois la France en superficie, mais qu‘elle ne compte que 27 millions d’habitants. Et comme le 90% des Australiens vivent à moins de 100 kilomètres de la côte, ça ne laisse plus beaucoup de monde pour habiter dans l‘Outback.
En route nous traversons une nouvelle fois la ligne imaginaire du Tropique du Capricorne (mais on commence à être blasés) et on fait aussi un arrêt photo au monument qui représente le point le plus haut de la Stuart Highway avec 727 mètres d’altitude. Malgré un soleil éclatant il ne fait que 19 degrés, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Après des centaines de kilomètres de plaines et de broussailles, les montagnes rouges des MacDonnell Ranges émergent soudainement du désert et on arrive finalement à Alice Springs qui est considérée comme la capitale de l’Outback australien. On monte jusqu’au sommet de la colline de Anzac Hill d’où l’on a un superbe point de vue sur la ville et les montagnes alentours, particulièrement au coucher du soleil. Nous tombons par hasard sur le week-end de la Finke Desert Race qui est la course de véhicules tout-terrain la plus mythique d’Australie. L’ambiance en ville est festive avec des expositions de véhicules et diverses animations.
En quittant Alice Springs on fait un passage dans la zone du départ de la Finke Desert Race où a lieu le prologue qui doit déterminer l’ordre des départs pour la course de demain. On regarde tourner quelques buggys, pickups et motos, mais ce n’est pas folichon car on est trop loin de l’action. Après ce bain de poussière, on craque pour d’eux Bratwurst avant de faire les 200 kilomètres de l’étape du jour. Nous passons la nuit dans un resort au milieu du désert, sur la route qui mène à Uluru/Ayers Rock.
Vu l’éloignement de l’Australie, il est très rare de voir des véhicules avec des plaques étrangères par ici. Et en faisant le plein ce matin au milieu de l’Outback, j’ai eu la surprise de voir arriver une moto avec des plaques françaises. C’est avec grand plaisir que nous avons fait la connaissance de Christophe, un Français de Bayonne qui fait un tour du monde au guidon de sa Ténéré 700. On sympathise très vite et on décide de faire ensemble le bout de route qui nous amène jusqu’à Yulara, quasiment au pied de l’Uluru/Ayers Rock. Ce monolithe impressionnant a une hauteur de 348 mètres par rapport au sol et une altitude de 863 mètres par rapport au niveau de la mer. Pour le peuple aborigène Anangu, Uluru est un lieu sacré chargé d’histoires, de traditions et de spiritualité. Sa couleur change au fil de la journée, passant de l’ocre au rouge intense puis au violet au coucher du soleil, offrant un spectacle naturel remarquable. Bien plus qu’un simple rocher, Uluru/Ayers Rock est un site culturel majeur pour les peuples autochtones et l’un des symboles les plus emblématiques de l’Outback australien.
Nous passons une journée complète dans le parc national de Uluru-Kata Tjuta à admirer de près ces merveilles de la nature. On commence par faire le tour complet du rocher de Uluru à moto, avant de s’en approcher de plus près via le sentier de la Kantju Gorge qui offre plusieurs points de vue impressionnants sur cet immense monolithe de grès rouge. Nous roulons ensuite pendant une cinquantaine de kilomètres afin d’atteindre le site voisin de Kata Tjuta qui signifie «plusieurs têtes» en langue pitjantjatjara. C’est un ensemble spectaculaire de 36 dômes rocheux dont le plus haut est le Mount Olga qui s’élève à 546 mètres au-dessus de la plaine environnante. Là aussi nous faisons une petite randonnée jusqu’à la Walpa Gorge afin de nous immerger un peu plus dans la spiritualité qui règne en ces lieux. Le seul bémol est l’invasion de mouches qui nous agressent sans cesse, surtout dans les endroits ensoleillés. Les deux sites sont vraiment magnifiques et dégagent une forme de sérénité, voir carrément de spiritualité. Uluru se dresse au-milieu d’une plaine presque infinie et dégage une impression de solitude majestueuse alors que les parois abruptes et les passages étroits de Kata Tjuta créent une impression de force brute de la nature.
C’est pour ce genre d’instants que l’on apprécie le voyage à moto. Il permet de se retrouver face à quelque chose de plus grand que soi, sans écran, sans ville, sans distraction. Quelques minutes de silence au lever ou au coucher du soleil suffisent pour comprendre pourquoi ces lieux sont sacrés pour les peuples aborigènes depuis des millénaires…
Pendant que Beate reste bien au chaud sous la couette, j’ai rendez-vous avec Christophe à 6h45 afin d’aller admirer une dernière fois le grand caillou, cette fois-ci au lever du soleil. Les nuits sont fraîches dans le désert et c’est par un petit 10 degrés que nous roulons dans l’obscurité pour rejoindre le point d’observation situé dans le parc, à une vingtaine de kilomètres de l’hôtel. Le spectacle est juste magnifique avec des couleurs qui changent au fur et à mesure que l’astre solaire montre dans le ciel.
Ce fut une belle manière de dire adieu à l’Ayers Rock et nous entamons ensuite la longue remontée jusqu’à Alice Springs, toujours en compagnie de Christophe. Lors d’une pause nous tombons sur un motard espagnol et pour un instant on se serait presque cru en Europe. Il y a également un panneau qui explique que le ranch auquel appartient la station-service a une superficie de 4’164 kilomètres carrés ! C’est bien plus grand que le canton de Vaud et ça démontre encore une fois à quel point l’Australie est immense.
Nous profitons de quelques jours passés à Alice Springs afin de nous reposer et nous faisons aussi une petite virée au pied de la chaîne montagneuse des MacDonnell Range, jusqu’au site de Standley Chasm. Il s’agit d’une profonde faille creusée dans des falaises de quartzite rouge, dont les parois rocheuses s’élèvent à plus de 80 mètres de hauteur, créant un passage étroit et spectaculaire. Au retour nous faisons encore un détour pour aller voir le site des Simpsons Gap qui est une gorge plus large que Standley Chasm, au pied de laquelle se trouve un petit lac donnant une impression d’oasis cachée au cœur de l’Outback.
Nous quittons définitivement Alice Springs en empruntant dans l’autre sens la Stuart Highway et ses interminables lignes droites. Après quelques 400 kilomètres nous nous arrêtons pour la nuit près du parc national des Devils Marbles pour ce qui sera notre dernière étape dans le Red Center.
En guise de dessert nous faisons une balade dans le parc au coucher du soleil afin d’admirer ces blocs de granit rouge, parfois parfaitement ronds et parfois empilés de façon si improbable qu’ils semblent défier la gravité. À ce moment de la journée, les rochers passent du rouge sombre à l’orange vif puis au pourpre, donnant l’impression que les «billes du diable» s’embrasent dans le désert…
Le Centre Rouge