L’île de Java

Les éruptions fréquentes du volcan Lewotobi nous ont forcé à changer nos plans à la dernière minute car notre vol initialement prévu à été annulé. Par chance nous trouvons de la place sur le vol du même jour à destination de Labuan-Bajo où nous passons la nuit pour une étape de transition. Au final nous sommes tout heureux que ça ne soit qu’un jour de décalage car nous aurions aussi pu rester bloqués à Maumere pour plusieurs jours. Après encore plus d’une demi-journée d’attente à Labuan-Bajo et un vol d‘une heure trente, c’est finalement de nuit que nous atterrissons sur l’île de Java, et plus précisément dans la ville de Surabaya. Surnommée la Ville des Héros en référence à la bataille d’indépendance du 10 novembre 1945, Surabaya est une grande agglomération tentaculaire de près de 10 millions d’habitants, qui n’a pas grand-chose à offrir d’un point de vue touristique. La raison principale de notre passage ici est liée à la prolongation de notre autorisation de séjour qui s’effectue relativement facilement. Il faut juste savoir que les shorts ne sont pas admis dans les bâtiments officiels et c’est pratique d’avoir un saron sous la main pour éviter de se faire refouler. Nous visitons ensuite le centre historique de Kota Lama où se trouvent quelques bâtiments coloniaux datant de la période hollandaise, ainsi que les ruelles animées du quartier chinois. Il y a aussi la place Tugu Pahlawan sur laquelle se dresse l’obélisque et le musée dédiés au héros des combats de 1945 ayant permis l’indépendance de l’Indonésie vis à vis des colons hollandais et britanniques. Mais la chaleur ambiante associée à la pollution et à la densité du trafic ont assez vite raison de notre motivation, et on passe la fin de journée dans l’ambiance calme et climatisée de l’hôtel. J’ai également les paupières lourdes car je me suis levé à deux heures du matin afin de suivre la brillante qualification de l’équipe de Suisse pour les quarts de finale de la coupe du monde.

C’est en train que nous décidons de continuer vers l’ouest et après un peu moins de quatre heures à travers les paysages de rizières du centre de Java, nous arrivons dans la ville de Yogyakarta où nous allons rester durant 4 nuits afin d’explorer la ville et ses alentours.
Souvent appelée Jogja, la ville de Yogyakarta est considérée comme le cœur culturel de Java et l’une des villes les plus fascinantes d’Indonésie. Ce qui la rend unique c’est son statut de Région Spéciale car c’est la seule province d’Indonésie où le gouverneur est également le sultan régnant. La ville est réputée pour son atmosphère chaleureuse et authentique, ce que l’on ressent à chaque coin de rue par le biais des sourires et de la gentillesse des gens à notre égard. On commence par déambuler en fin de journée le long de Jalan Malioboro qui est l'artère principale de Yogyakarta. Cette rue est animée de jour comme de nuit et on y trouve vraiment de tout dans un joyeux capharnaüm. Les trottoirs sont bordés de boutiques de toutes sortes et de stands de cuisine de rue où l’on peut goûter des spécialités du cru en se mélangeant à la population locale. Le trafic n’est pas en reste avec le flux des voitures et des innombrables scooters, auxquels se mêlent les célèbres becak (cyclo-pousses) et les andong (calèches tirées par des chevaux).

L’une des attractions principales dans les environs de Yogyakarta se situe à une heure de voiture au nord-ouest de la ville. Il s’agit du fameux Borobudur qui est tout simplement le plus grand monument bouddhiste du monde. Il a été construit entre les 8ème et 9ème siècles sous la dynastie Sailendra, puis abandonné pendant plusieurs siècles avant d’être redécouvert et rénové au 19ème siècle. Il est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Contrairement à un temple classique dans lequel on entre, Borobudur est une immense pyramide à degrés que l’on gravit progressivement. L’édifice symbolise l’univers selon la cosmologie bouddhiste, et la montée représente le chemin vers l’illumination. En suivant les galeries dans le sens des aiguilles d’une montre, un pèlerin parcourt près de 5 kilomètres de reliefs sculptés racontant la vie du Bouddha et des scènes de la vie javanaise d’autrefois. La partie supérieure est la plus emblématique avec une immense terrasse sur laquelle se dressent 72 stupas ajourés en forme de cloche, chacun contenant une statue de Bouddha. Au centre se dresse un immense stupa principal qui est volontairement vide afin de représenter l’absolu et l’illumination ultime. Le temple est entouré de rizières et dominé par plusieurs volcans, notamment le Mont Merapi qui est l’un des volcans les plus actifs d’Indonésie. La visite se fait sous la conduite d’un guide et par groupes d’une vingtaine de personnes, afin de canaliser tant bien que mal le flux des touristes qui gravissent quotidiennement ce lieu sacré. L’ascension était intéressante et instructive mais nous n’avons malheureusement pas réussi à atteindre l’illumination ultime. Nous avons par contre eu la surprise de rencontrer 4 jeunes filles de la région de Morges qui sont actuellement en vacances en Indonésie, ce qui prouve une fois de plus à quel point le monde est petit…

L’autre site à ne pas manquer dans les alentours de Yogyakarta est celui du Temple de Prambanan. C‘est tout simplement le plus grand complexe hindou d’Indonésie et il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991. Construit au 9ème siècle sous le royaume de Mataram, il est dédié à la Trimurti qui représente les trois grandes divinités de l’hindouisme. Shiva le destructeur et régénérateur (temple principal de 47 m de haut), Vishnu le protecteur et Brahma le créateur. L’architecture est remarquable et les temples construits en pierre volcanique sont richement décorés de sculptures et de bas-reliefs racontant notamment l’épopée du Ramayana, l’un des grands textes sacrés de l’Inde. Le site a subi plusieurs catastrophes naturelles, notamment des séismes et des éruptions volcaniques, mais d’importants travaux de restauration lui ont permis de retrouver une grande partie de sa splendeur. Il reste aujourd’hui un lieu de culte pour les hindous indonésiens ainsi qu’un symbole majeur du patrimoine culturel de Java. Le billet d’entrée permet également de visiter le temple bouddhiste de Sewu qui se trouve à quelques minutes à pied, ce qui montre que l’hindouisme et le bouddhisme ont coexisté harmonieusement dans cette région de Java.

Le palais du Sultan de Yogyakarta, appelé Kraton Ngayogyakarta Hadiningrat, est le cœur historique, culturel et spirituel de la ville. Bien plus qu’un simple palais, il s’agit d’une résidence royale toujours habitée par le sultan et sa famille, mais aussi d’un centre vivant où se perpétuent les traditions javanaises depuis près de 270 ans. Le palais est organisé autour de vastes cours, de pavillons ouverts (pendopo), de salles d’audience et de jardins. Les bâtiments, aux toits en bois finement sculptés, sont décorés de motifs dorés, de colonnes peintes et d’ornements chargés de symboles. Chaque couleur, chaque arbre et chaque espace possède une signification philosophique liée aux croyances javanaises. Durant notre visite nous avons la chance d’assister à un spectacle de danse classique javanaise qui est accompagnée par les sons d’un gamelan, l’orchestre traditionnel de Java et de Bali.
On découvre également la fabrication des marionnettes javanaises qui sont utilisées pour les théâtres d‘ombres, ainsi que le procédé utilisé pour le batik qui est un art traditionnel de décoration des tissus, considéré comme l’un des plus grands trésors culturels de l’Indonésie. C’est magnifique et on a craqué pour un souvenir. On termine la partie culturelle de Yogyakarta par la visite de Taman Sari qui est décrit comme le château d‘eau des sultans. C’était un lieu de détente où selon la tradition, le sultan observait les princesses et ses épouses depuis une tour centrale avant de les rejoindre dans les piscines. Plutôt sympa la vie de sultan !
Ceci met fin à notre bref séjour sur l’île de Java que l’on va quitter demain afin de rejoindre une nouvelle île où nous attendent d’autres découvertes…

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