L’île de Flores

Nous louons une voiture avec chauffeur pendant 9 jours afin de partir à la découverte de l’île de Flores. L’option chauffeur est quasiment obligatoire en Indonésie et pour 20 CHF par jour on ne va pas se priver. On quitte donc Labuan Bajo sous la conduite de notre chauffeur Edwin, et c’est par des routes étroites et sinueuses que nous progressons à un rythme très lent en direction de l’Est. Après un premier arrêt photo sur les hauteurs, Edwin nous propose une balade d’environ 20 minutes afin d’aller voir des chutes d’eau. Certaines portions du sentier sont humides et très glissantes, et il nous faut finalement une bonne heure pour faire l’aller-retour jusqu’à deux petites cascades qui ne valaient finalement pas vraiment le détour. On s’arrête ensuite pour le repas dans un restaurant musulman où nous mangeons un bon Nasi-Goreng. Les locaux mangent très épicés et il vaut mieux demander peu relevé pour éviter l’incendie. Peu avant l’hôtel, on s’arrête afin de voir les rizières du village de Cancar. Elles sont célèbres pour leur forme de toile d’araignée géante, visible depuis un belvédère dominant la vallée. Cette géométrie reflète une tradition ancestrale du peuple Manggarai. Les terres agricoles, appelées lingko, étaient historiquement la propriété collective d’un clan. Au centre se trouve le lodok, point rituel à partir duquel les parcelles sont réparties comme les rayons d’une roue. Chaque famille reçoit un secteur qui s’étend du centre vers l’extérieur, d’où cette forme circulaire qui ressemble à une toile d’araignée. Après 125 kilomètres de virages, nous arrivons enfin à l'hôtel qui se situe à 1’200 mètres d'altitude. La nuit sera fraîche et une fois n’est pas coutume, nous allons pouvoir dormir sans climatisation.
On jette un coup d’œil à l’église catholique de Ruteng avant de reprendre la route. En dehors des agglomérations, les gens vivent très simplement dans des maisons rudimentaires accrochées à flanc de montagne, au milieu d’une végétation tropicale. Ils cuisinent pour la plupart au feu de bois et se nourrissent principalement de riz et de poulets qu’ils élèvent eux-mêmes dans des cages en bois que l’on trouve devant presque chaque maison. Nous continuons notre progression au travers de l’île de Flores et arrivons dans la ville de Bajawa qui va nous servir de camp de base pour aller explorer les villages traditionnels des alentours.

Depuis Bajawa nous partons pour la journée à la découverte des villages traditionnels de la région de Ngada, au centre de l’île de Flores. Les villages sont situés au pied du volcan Inerie et nous commençons donc par monter jusqu’au point d’observation de Wolobobo afin de voir ce stratovolcan qui culmine à 2’245 mètres d’altitude. Il est malheureusement entouré par plusieurs gros nuages et nous ne pouvons qu’apercevoir sa silhouette presque parfaite, très pointue, qui ressemble à une pyramide naturelle. Nous rejoignons ensuite le village traditionnel de Bena qui est l’un des plus emblématiques de la région. Le village est organisé comme une longue cour centrale, bordée de deux rangées de maisons traditionnelles aux toits très pentus couverts de chaume. L’ensemble donne presque l’impression d’un village en forme de bateau ou de couloir cérémoniel. Au centre, on voit des plateformes de pierre, des menhirs, des autels et de petits sanctuaires liés aux ancêtres. Aujourd’hui, la population est majoritairement chrétienne, mais les anciens rituels, les offrandes, le respect des ancêtres et les structures traditionnelles restent très présents. Après le repas de midi que nous prenons dans un restaurant qui offre une vue impressionnante sur la vallée, nous faisons un passage au sources d’eau chaude de Malanage avec l’idée de s’y baigner. Nous sommes à l’endroit où une eau très chaude, sulfurée et volcanique rejoint un cours d’eau froid de montagne, et il faut trouver l’endroit entre les rochers avec la bonne température. Les pierres mouillées sont très glissantes et nous trouvons l’accès un peu trop scabreux à notre goût, ce qui nous incite à renoncer à la baignade. Et comme l’Inerie ne semble pas décidé à sortir des nuages, on décide de rentrer à l’hôtel pour une fin d’après-midi de repos.

Nous quittons Bajawa afin de rejoindre la côte Nord de l’île en empruntant une route sinueuse, très étroite et en mauvais état sur certains tronçons. Contrairement à hier, le volcan Inerie est aujourd’hui complètement dégagé et on en profite pour faire quelques photos depuis le bord de la route. Nous traversons la partie centrale de l’île où les gens vivent de manière très simple dans un environnement rural et la pauvreté semble bien présente. Les églises opulentes qui se dressent dans presque chaque village offrent un contraste presque choquant par rapport à la précarité ambiante. Il nous faut plus de trois heures pour parcourir environ 80 kilomètres et nous arrivons finalement dans la localité de Riung où nous prenons le repas de midi dans un restaurant tout simple en bord de mer. Notre hébergement est situé à une quinzaine de kilomètres du village, et consiste en une cabane construite entièrement en bambous, et située sur des piliers en surplomb d’une baie entourée de mangrove. On est vraiment à l’écart de tout et on se sent presque comme Robinson sur son île avec un magnifique coucher de soleil en prime.
Depuis notre lodge nous faisons une sortie sur un petit bateau en bois dans la zone marine protégée de l’archipel des 17 Islands. On commence par passer près de l’île aux chauves-souris où l’on peut observer plusieurs centaines de flying-foxes qui font la sieste dans les arbres au dessus de la mangrove. Ensuite on va vers plusieurs îlots pour faire du snorkeling et profiter des plages de sable blanc. Sur l’une d‘elle on retrouve d’autres bateaux qui font la même excursion que nous afin de partager un barbecue de poissons préparé par les différents équipages. C’était une belle journée un peu en dehors des sentiers battus, pendant laquelle nous avons vu de beaux coraux et des poissons de toutes les couleurs, par contre ce n’était pas aussi enthousiasmant que les îles du Komodo qui sont à mon avis nettement en dessus.

Nous repassons à nouveau sur la côte Sud de Flores en empruntant une route sans grand intérêt, si ce n’est un arrêt à la Blue Stones Beach. Comme son nom l’indique, cette plage est connue pour ses galets bleus, verts et turquoise posés sur du sable volcanique noir. C’est assez photogénique mais nettement moins impressionnant que l’énorme et délicieuse langouste que nous dégustons sur la terrasse du restaurant de la plage. Nous faisons ensuite étape dans la ville de Ende où nous faisons la connaissance de Wolfgang, un allemand qui vit à Kuala Lumpur et qui visite actuellement l’Indonésie.
Une courte étape nous amène de Ende jusqu’au village de Moni qui est situé au pied du volcan Kelimutu. En route nous faisons un premier arrêt aux rizières de Detusoko que nous accédons en traversant à pied un minuscule village où nous sommes immédiatement l’attraction principale. Ce qui nous frappe depuis notre arrivée en Indonésie c’est l’extrême gentillesse de la population qui est toujours très accueillante, bienveillante et souriante. Après quelques photos et une distribution de bonbons aux nombreux enfants qui nous entourent, nous continuons notre route jusqu’au village traditionnel de Wologai. Il s’agit d‘un petit village traditionnel de l’ethnie Ende-Lio dont l’intérêt principal est son architecture, avec des maisons en bois surélevées aux toits très pentus en chaume et alignées autour d’un espace central avec pierres rituelles. La configuration du lieu est liée aux cérémonies, aux ancêtres, aux récoltes et à la vie communautaire. Pour visiter le village il faut revêtir un sarong traditionnel afin de respecter le côté sacré et spirituel de l’endroit. On rejoint finalement notre logement aux abords du village de Moni pour pour nous coucher tôt car demain on se lève aux aurores afin d’aller assister au lever du soleil sur les lacs du Kelimutu.

Le réveil sonne à 4 heures et nous quittons notre logement au milieu de la nuit afin d’atteindre le sommet du volcan Kelimutu pour le lever du soleil. Après 40 minutes de route sinueuse suivie de 30 minutes de marche, nous sommes récompensés par le magnifique panorama qui s’offre à nos yeux. Au sommet du volcan Kelimutu, trois lacs de cratère semblent flotter entre ciel et terre. Leurs eaux, tantôt turquoise, vertes, sombres ou laiteuses, changent de couleur au fil du temps, comme si la montagne respirait encore sous la surface. Le paysage est austère et magnifique, entre parois volcaniques, crêtes friables, forêt de montagne et nuages qui montent depuis les vallées. Pour les habitants, ces lacs sont des lieux sacrés, associés aux âmes des défunts. Au lever du soleil, les lacs du Kelimutu dégagent une beauté étrange, silencieuse et presque mystique. Après ce début de matinée passé en pleine nature, nous retournons au village de Moni afin de trouver un restaurant qui dispose d’une connexion internet pour que nous puissions suivre la retransmission du match Suisse-Algérie. Quelques Bintang plus tard et avec la victoire en poche, nous sommes de retour à l’hôtel afin de récupérer de cette nuit très courte et des émotions de la victoire.
On passe nos deux derniers jours sur l’île de Flores dans un endroit paradisiaque directement au bord de l’océan, à quelques kilomètres de la ville de Maumere. Notre bungalow est dans un jardin de palmiers et nous avons un accès direct à la plage de sable volcanique qui est l’une des caractéristiques de cette partie de l’île. Nous sommes en effet très proche du volcan Lewotobi qui est l’un des volcans les plus actifs d‘Indonésie. Les éruptions sont fréquentes et imprévisibles, et nous espérons que notre vol de continuation qui est prévu pour lundi matin ne sera pas affecté…

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