Bali et Komodo
L’Indonésie est un immense archipel tropical composé de plus de 17’000 îles, s’étendant sur près de 5’000 kilomètres entre l’Asie et l’Australie. C’est le plus grand pays insulaire du monde et le quatrième pays le plus peuplé de la planète, avec environ 280 millions d’habitants. Le pays compte plusieurs centaines d’ethnies et plus de 700 langues locales, mais malgré cette diversité, la devise nationale est «Bhinneka Tunggal Ika», ce qui signifie Unité dans la diversité. Nous allons essayer de découvrir une petite partie de cette incroyable diversité culturelle, en commençant par l’île de Bali qui est probablement la destination la plus connue et la plus touristique du pays.
Après 3h30 de vol, 1h30 de patience à l’immigration à cause d’un visa électronique en attente, et 1h45 de taxi pour faire 28 kilomètres, on est finalement bien arrivés à notre hôtel balinais où on a été accueillis comme des rois. Nous nous trouvons dans la localité de Ubud qui se situe légèrement au Nord de Denpasar et les premières impressions semblent excellentes, mais là on est bien fatigués et on se réjouit d’une bonne nuit de repos.
On laisse volontairement tomber la côte ultra touristique du sud pour nous concentrer sur le centre de l’île qui est beaucoup plus authentique. Nous séjournons pour trois nuits dans la ville de Ubud qui est considérée comme le cœur culturel et artistique de Bali. On y trouve de nombreux temples et la culture hindoue balinaise est omniprésente, avec des offrandes quotidiennes et de nombreuses fêtes religieuses. Directement aux abords du centre-ville se trouvent des paysages verdoyants de rizières et de forêts tropicales qui offrent une ambiance paisible à deux pas des ruelles animées bordées d’échoppes et de galeries d’artisanat balinais. On se laisse bercer par cette atmosphère très agréable où les gens sont d’une extrême bienveillance, on profite d’un bon massage relaxant et on se régale en dégustant quelques plats de l’excellente cuisine cuisine balinaise qui est l’une des plus riches et parfumées d’Indonésie.
Nous quittons Ubud de bon matin afin d’aller découvrir l’intérieur de l’île en compagnie de Komang, notre chauffeur et guide francophone. Après environ 1h30 de route, nous arrivons au village de Bedugul où nous faisons la visite du temple de Ulan Dunu Beratan qui est l’un des sites les plus emblématiques de Bali. Situé sur les rives du lac Bratan, à environ 1’200 mètres d’altitude dans les montagnes du centre de l’île, il semble littéralement flotter sur les eaux du lac. Construit en 1633 par le roi du royaume de Mengwi, ce complexe religieux hindou est dédié à Dewi Danu, la déesse des lacs, des rivières et de l’irrigation. Son rôle est particulièrement important à Bali, où l’agriculture et les célèbres rizières en terrasses dépendent d’un réseau d’irrigation traditionnel appelé subak. L’image la plus connue du site est celle du meru à 11 toits, cette tour sacrée à plusieurs niveaux qui se reflète dans les eaux du lac avec les montagnes en arrière-plan.
Nous continuons ensuite jusqu’aux rizières en terrasses de Jatiluwih qui sont un vaste paysage agricole situé dans la région de Tabanan. Inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, elles représentent un exemple exceptionnel du système d’irrigation traditionnel Subak, reflétant l’harmonie entre les hommes, la nature et la spiritualité balinaise. Les terrasses de Jatiluwih datent de plusieurs siècles et illustrent la philosophie balinaise du Tri Hita Karana, qui relie l’homme à Dieu, à la communauté et à la nature. Le système Subak, géré par des associations de fermiers, répartit équitablement l’eau issue des sources du mont Batukaru, garantissant durabilité et cohésion sociale. Les pentes verdoyantes s’étendent à perte de vue, formant un motif ondulant de champs irrigués adaptés au relief montagneux. Le riz rouge et le riz blanc balinais y sont principalement cultivés, avec des cycles de plantation synchronisés par les temples de l’eau. Les conditions d’altitude créent un microclimat frais favorable à la riziculture biologique.
Après une balade plutôt dépaysante au milieu des rizières, nous faisons une halte dans une plantation de café qui produit la variété Kopi Luwak qui est une exclusivité de l’Indonésie. Les fèves de café sont préalablement mangées par la civette palmiste qui est un petit mammifère asiatique. Les grains de café traversent son système digestif où une fermentation naturelle modifie leur composition. Ils sont ensuite récupérés dans les excréments, nettoyés, séchés, torréfiés et finalement consommés. Le Kopi Luwak est l’un des cafés les plus chers au monde, mais sa dégustation ne me laissera pas un souvenir exceptionnel. Dans la continuité, nous allons dans un restaurant traditionnel afin de manger du Babi Guling, un cochon de lait rôti à la broche et assaisonné d’un mélange d’épices locales. Ce plat qui symbolise la prospérité et le partage était traditionnellement associé aux cérémonies hindoues, aux mariages et aux fêtes communautaires. Bien que son usage rituel reste important, le Babi Guling est désormais aussi un mets populaire dans les warung (petits restaurants locaux) fréquentés par les locaux et par quelques touristes. C’est assez spécial et plutôt relevé, mais personnellement j’ai bien aimé. En soirée et de retour à notre hôtel, nous trouvons encore un peu d’énergie afin d’aller assister à un spectacle de danse balinaise. Les costumes sont juste magnifiques, mais le rythme de la musique est tellement lent que nous manquons de nous endormir. Comme circonstance atténuante, il faut bien avouer que la journée était bien remplie et on se réjouit de tomber dans les bras de Morphée.
Nous quittons l’île de Bali en prenant un vol interne à destination de la petite ville portuaire de Lubuan Bajo sur l’île de Flores. On y arrive en milieu d’après-midi et on profite du traditionnel marché aux poissons sur lequel les poissonniers/marchands proposent de cuisiner les divers produits frais que l’on choisit sur les étals. On peut vraiment dire que c’est presque directement de la mer à l’assiette, sans aucun intermédiaire. On se fait un peu enfumer par les nombreux grills au feu de bois, mais l’expérience est sympathique et le poisson excellent. Cet endroit qui était autrefois un paisible village de pêcheurs est aujourd’hui devenu plutôt touristique car c’est la principale porte d’entrée du parc national de Komodo que l’on a prévu d’explorer à partir de demain.
Nous embarquons sur le Kanah Citta, un bateau traditionnel en bois, pour trois jours de croisière dans les nombreuses îles qui forment le parc national de Komodo. À l’exception d’un couple venant du Guatemala, les autres passagers viennent d’Europe et ont à peine l’âge de nos enfants. Ce n’est pas grave car c’est une équipe très sympathique et nous sommes toujours restés jeunes d’esprit.
Après avoir fait connaissance avec cette joyeuse bande, nous commençons la navigation vers le premier site de snorkelling où nous pouvons admirer des poissons et des coraux multicolores dans des eaux turquoise et tempérées. On prend le repas de midi à bord pendant que le bateau nous emmène vers le deuxième site de snorkelling où le point d’orgue est de nager en compagnie de deux énormes raies manta ainsi que d’une tortue marine. Nous nous rendons ensuite à un endroit que les locaux appellent le ‘sand bar’. Il s’agit d’un banc de sable blanc autour duquel on peut se baigner dans une eau incroyablement transparente et super agréable. Cette première journée très bien remplie nous a bien fatigué et après le repas du soir, chacun regagne sa cabine pour un repos bien mérité.
La première nuit a été mauvaise à cause du bruit de la génératrice, et aussi très courte car on se lève à 4 heures du matin pour aller admirer le lever du soleil depuis le sommet de l’île de Pulau Padar. Une grimpette ardue de plus de 800 marches nous amène jusqu’à un promontoire depuis lequel nous avons un panorama grandiose sur les îles et baies qui s’étendent à nos pieds. Une courte navigation nous amène ensuite jusqu’à l’île de Komodo où nous faisons une balade d’environ 1 kilomètre afin d’aller voir les fameux dragons de Komodo. La chance est avec nous et nous pouvons admirer trois spécimens impressionnants à seulement quelques mètres de distance.
Le dragon de Komodo est le plus grand lézard vivant au monde et l’un des animaux les plus emblématiques d’Indonésie. Il ne vit à l’état sauvage que sur quelques îles de l’est du pays, principalement au sein du Parc national de Komodo. Pouvant atteindre jusqu’à 3 mètres de longueur et peser jusqu’à 90 kilos, ce reptile est un prédateur solitaire qui peut courir jusqu’à environ 20 km/h sur de courtes distances. Son odorat est exceptionnel et il peut détecter un animal mort à plusieurs kilomètres. Pendant longtemps, on pensait que les bactéries présentes dans sa bouche tuaient ses proies. On sait aujourd’hui que le danger provient surtout de son venin, qui provoque une forte baisse de la pression artérielle, des troubles de la coagulation et un important saignement. Une proie mordue peut s’affaiblir rapidement, permettant au dragon de la suivre jusqu’à son épuisement.
Après ce début de journée très sportif, nous débarquons à Pink Beach qui est l’une des rares plages au monde dont le sable présente une teinte naturellement rosée. On y passe un agréable moment de détente et de baignade, avant de rejoindre notre ancrage du jour où nous avons droit à un magnifique coucher de soleil. Le bateau est ensuite survolé par des milliers de flying-foxes qui quittent leur refuge du jour pour aller se nourrir dans les manguiers de l’île voisine. La soirée se termine par l’activité préférée des indonésiens, à savoir un karaoké improvisé sur le deck du bateau. Amusant mais pas trop notre style. Dernière matinée à bord avec encore une balade jusqu’au sommet d’une colline pour admirer la vue, suivie d’une ultime séance de snorkelling au milieu des coraux. Nous avons la chance de voir quelques bébés requins et tout plein de poissons multicolores, avant de regagner le port de Labuan Bajo. C’est en effet déjà la fin de cette magnifique croisière dans l’archipel des Komodos, dont le haut fait restera incontestablement la rencontre avec les fameux dragons…
Bali et Komodo