De l’Océan Austral au Désert du Nullarbor
On continue notre progression le long des rives de l’océan Austral en commençant par traverser la chaîne montagneuse du Stirling Range. Son point culminant est le Bluff Knoll qui culmine à 1’095 mètres et qui est le plus haut sommet de toute la moitié sud de l’Australie-Occidentale. Nous ne le verrons pas car la météo est toujours dans les tons gris et les sommets sont dans les nuages. Après avoir passé le col du Chester Pass à l’altitude impressionnante de 315 mètres, nous continuons à jouer à cache-cache avec les orages afin de rejoindre la localité de Bremer Bay pour l’étape du jour.
La météo est gentiment en train de s’améliorer mais le temps reste très changeant et plutôt imprévisible. C’est avec des éclaircies et par une température agréable que nous quittons Bremer Bay mais pendant le trajet, on n’échappe pas à quelques orages isolés qui ne durent heureusement que quelques minutes. Nous sommes donc relativement épargnés et c’est finalement sous un soleil radieux que nous arrivons dans la petite localité de Hopetoun. Nous prenons un lunch rapide au café du coin, et on décide de profiter du beau temps afin d’aller explorer le parc national tout proche de Fitzgerald River. C’est un immense territoire sauvage posé entre le bush et l’océan Austral, qui offre une grande diversité de paysages et qui abrite une flore exceptionnelle, dont 75 espèces de plantes que l’on ne trouve nulle part ailleurs. On y accède par la route côtière de Hamersley Drive qui permet de découvrir une succession de plages désertes, de collines rocheuses et de falaises qui plongent dans le bleu intense de l’océan. Nous y passons quelques heures magnifiques en pleine nature et quasiment seuls au monde, avant de revenir à Hopetoun vers 18 heures, juste à temps pour le coucher du soleil.
Une courte étape de 195 kilomètres nous permet de rejoindre la petite ville d’Esperance où nous avons loué un petit appartement pour quelques jours, histoire de bien pouvoir profiter des environs. La ville tient son nom du navire L’Espérance qui était l’un des deux bateaux d’une expédition française ayant accosté ici en décembre 1792.
Comme le vent est encore bien présent, on passe une première journée tranquille qui se résume à du repos ainsi qu’à une petite balade sur le front de mer. Le lendemain nous partons à la découverte des environs immédiats d’Esperance en faisant les 40 kilomètres de la boucle côtière de la Great Ocean Drive. Les paysages sont magnifiques avec points de vue sur l’océan Austral, falaises, rochers granitiques et surtout cette incroyable succession de plages au sable presque blanc et à l’eau turquoise. On s’arrête à West Beach, Blue Haven, Twilight Beach et plusieurs autres petits points de vue le long de la route. Difficile de dire quelle plage est la plus belle tant chacune a son charme.
La température de l’eau ne doit pas dépasser les 15-16 degrés mais elle est tellement claire que je me dois d’y faire une courte baignade. Après cet épisode bien rafraîchissant, la boucle nous ramène finalement vers Esperance en passant par Pink Lake qui, malgré son nom, n’est aujourd’hui plus vraiment rose. Nous avons trouvé cette route vraiment magnifique et cette petite virée restera probablement comme l’une des plus belles balades côtières que nous ayons faites en Australie.
Esperance est également située aux portes du Cape Legrand National Park et nous partons pour la journée à la découverte des magnifiques paysages de ce lieu. Le parc couvre environ 32’000 hectares et on y trouve une nature absolument intacte qui propose d’énormes massifs de granit, des plages de sable presque blanc et cette eau turquoise très caractéristique du sud de l’Australie-Occidentale. Nous visitons successivement la plage de Le Grand Beach, Hellfire Bay et ses rochers orangés, l’incroyable Lucky Bay et enfin Thistle Cove qui est plus sauvage. C’est sur cette dernière que l’on improvise un pique-nique avec les restes de la veille, avant de rentrer à Esperance pour notre dernière nuit dans cette belle région.
Et pour la petite leçon d’histoire, le nom du parc rappelle l’expédition française de Bruni d’Entrecasteaux en 1792. Le Grand était un officier de l’équipage de L’Espérance, l’un des deux navires de l’expédition. La tradition raconte qu’il grimpa dans la mâture pendant une tempête et contribua à guider les navires vers un mouillage sûr. Beaucoup de noms du secteur viennent ainsi de cette exploration française, comme Esperance, l’archipel de la Recherche et Cape Le Grand.
Nous quittons Esperance et ses plages spectaculaires pour reprendre la route vers l’intérieur des terres. Le changement de décor est assez radical et les plaines agricoles laissent rapidement place aux grandes étendues de bush, aux eucalyptus et aux lacs salés. Nous faisons étape à Norseman, une petite ville minière perdue dans l‘Outback et qui est la dernière vraie localité avant le désert du Nullarbor. À partir d’ici les distances vont encore changer d’échelle, et nous prenons plein Est afin d’aborder la grande traversée du Nullarbor. Les arbres deviennent plus rares, la végétation s’estompe et la terre reprend cette teinte rouge si typique de l’Outback. On entre dans une des régions les plus isolées d‘Australie, avec une route aux rectilignes interminables où les seuls points de ravitaillement sont les fameuses Roadhouses. On y trouve un camping, un motel basique, un restaurant, et une station service. Comme elles sont espacées d’environ 200 kilomètres, il vaut mieux ne pas les rater et y faire systématiquement le plein. La première d’entre elles est celle de Balladonia que nous atteignons en début d’après-midi et où nous faisons étape pour la nuit.
Entre Balladonia et Cocklebiddy nous empruntons la plus longue ligne droite du réseau routier australien avec exactement 146,6 kilomètres sans le moindre virage. Et pour être franc avec vous, je dois dire que ça ne change pas grand chose comparé à la grande majorité des routes australiennes, si ce n’est la possibilité de faire ici une photo afin d’immortaliser ce passage.
Le Nullarbor est une immense région aride située entre les états de l’Australie-Occidentale (Western Australia) et de l’Australie-Méridionale (Southern Australia). Son nom vient du latin Nullus Arbor qui signifie aucun arbre. C’est toutefois un peu trompeur car tout le Nullarbor n’est pas complètement dépourvu de végétation. On traverse également beaucoup de zones de style savane avec des broussailles basses et des secteurs boisés. Voici quelques chiffres qui permettent de mieux mesurer son immensité et son isolement :
Avec plus de 200’000 kilomètres carrés, sa superficie représente presque 5 fois la Suisse
Sa population permanente n’est que de quelques centaines d’habitants
La traversée classique par l’Eyre Highway, de Norseman à Ceduna, représente environ 1’200 kilomètres soit grosso modo Genève - Berlin par la route
Si le Nullarbor était un pays, il serait plus grand que l’Angleterre, tout en ayant moins de 1’000 habitants
Après 710 kilomètres et 3 jours de traversée nous atteignons la minuscule localité d’Eucla qui marque la frontière entre l‘Australie Occidentale que nous laissons derrière nous, et l’Australie Méridionale que nous allons bientôt découvrir…
De l’Océan Austral au Désert du Nullarbor