Les derniers jours au Chili
Notre dernière entrée au Chili sera plus compliquée à cause d‘un contrôle complet de tous nos bagages. On doit s’armer de patience mais au bout de plus d’une heure d’investigations ils nous laissent finalement passer, déçus de n’avoir rien découvert de suspect, même dans les multiples comprimés vitaminés de Beate. Ce n’est que vers 18 heures et après une longue journée au travers des paysages magnifiques du Paso Agua Negra que nous atteignons finalement notre hôtel dans le petit village de Pisco Elqui, où nous faisons étape pour trois nuits.
Nous passons deux jours tranquilles dans ce petit village niché à 1’300 mètres d’altitude au cœur du vallon de l‘Elqui. La région est célèbre pour ses paysages contrastés, son héritage viticole et son ciel d’une pureté exceptionnelle. Elle est notamment le berceau du pisco chilien et abrite plusieurs observatoires astronomiques. Les premiers ceps de vigne furent plantés par les conquistadors espagnols au 16ème siècle car ils trouvaient dans ce terroir unique des conditions idéales pour la viticulture. Le climat sec, les sols pauvres mais bien drainés et l'alternance de journées chaudes et de nuits fraîches créent un environnement parfait pour la production de raisins destinés à la distillation. Le village de Pisco Elqui, anciennement nommé La Unión, illustre parfaitement la complexité des relations entre le Chili et le Pérou autour de la paternité du Pisco. Son changement de nom en 1936 fut une manœuvre politique visant à renforcer les revendications chiliennes sur l'appellation Pisco. Nous ne nous privons bien sûr pas d’en déguster plusieurs, soit dans sa version traditionnelle ou alors aromatisé avec divers épices ou fruits.
Après la vallée de l‘Elqui nous rejoignons la station balnéaire de La Serena où nous avons loué un petit appartement en bordure d’océan, afin d’y passer tranquillement les fêtes de Noël. En quelques jours on sera passé des sommets de la Cordillère des Andes aux plages de la côte du Pacifique Sud.
La Serena est l’une des plus anciennes villes du Chili, avec un joli centre historique de style colonial concentré autour de la Plaza de Armas. On y trouve également de longues plages de sable qui ne sont malheureusement pas très prisées, étant donné la température plutôt fraîche des eaux de l’océan Pacifique Sud.
C’est incroyable le contraste climatique qu’il y a entre le côte et l’arrière pays. Nous quittons La Serena sous la grisaille avec un petit 19 degrés, mais après quelques kilomètres à l’intérieur des terres nous sommes accueillis par un ciel azur et la température grimpe rapidement jusqu’à presque 30 degrés. Une belle route sinueuse nous amène dans la vallée du Rio Limarí, avec son alternance de collines sèches et de terres verdoyantes, rendues fertiles par un ingénieux réseau de barrages et de canaux d’irrigation. On y trouve de nombreux vignobles, vergers et cultures maraîchères qui contrastent fortement avec les reliefs arides qui les entourent. On continue vers le sud-est pour atteindre la région et la petite ville de Combarbalá, connue pour ses paysages semi-désertiques, son artisanat en pierre et son ciel exceptionnellement pur. La région tire son nom de la piedra combarbalita, une pierre colorée de vert, de rouge et d’ocre qui est au centre de l’artisanat local. La région de Combarbalá offre une autre facette du Chili. Austère, minérale et silencieuse, mais aussi profondément authentique. Moins spectaculaire que l’Elqui et moins verte que le Limarí, elle séduit par sa sobriété et son caractère brut.
Au départ de Combarbalá nous continuons notre progression vers la capitale du Chili, en privilégiant la route de l’intérieur du pays plutôt celle qui longe la côte. La circulation y est très modérée et c’est un itinéraire beaucoup plus agréable pour la moto. Nous traversons plusieurs vallées arides avec d’innombrables cactus pour seule végétation, et dans un décor digne des plus grands westerns.
La particularité de ce tronçon est de proposer la traversée de plusieurs anciens tunnels à voie unique qui étaient autrefois réservés au chemin de fer. Ça fait longtemps que le train ne circule plus, mais les tunnels ont été réaménagés pour le trafic routier. Ce sont des passages étroits, sans éclairage et au revêtement plutôt aléatoire. L’un d‘eux était même en virage, et Beate a eu plusieurs montées d’adrénaline et était bien contente d’en terminer avec ce tronçon.
On rejoint ensuite à nouveau la côte afin de passer encore quelques jours en bordure de l’océan, dans la petite station balnéaire de Papudo. Depuis Papudo, nous faisons une petite virée jusqu’au village voisin de Zapallar, qui est la station balnéaire huppée de la région de Santiago. Je m’attendais à un truc du style Canne ou Saint-Tropez, mais c’est un petit village tout mignon qui est niché au fond d’une crique sauvage, et qui a su préserver une certaine touche d’authenticité. Les demeures luxueuses et les voitures de sport sont légion, mais il fait tout de même bon se balader sur le sentier qui longe les eaux turquoises de l’océan. Les bonnes tables sont prisent d’assaut et il faut faire preuve de beaucoup de patience pour finalement réussir à manger un bon plat de fruits de mer arrosé d’un bon petit Chardonnay.
C’est ici à Papudo que nous passons le cap symbolique des 1’000 jours depuis mon départ de Suisse le 4 avril 2023 !! Qui aurait parié que le périple dure aussi longtemps et que nous soyons toujours en Amérique du Sud, ce continent magnifique que nous ne connaissions pas du tout auparavant…
Ça vaut bien une pseudo assiette valaisanne et un coup de Fendant du coin, haha !!
Nous quittons la côte de bon matin et sous la brume, afin de rejoindre la capitale du Chili que nous atteignons sous un soleil de plomb ☀️ On est de retour à Santiago où nous étions déjà passé en novembre 2024, mais cette fois cela correspond à notre ultime étape en Amérique du Sud. Nous y sommes pour deux semaines afin de nous reposer et de nous préparer pour la suite du périple, avec un nouveau continent en point de mire…
Après avoir célébré dignement le passage à la nouvelle année en companie de Ana et Quentin, nous passons encore les 10 premiers jours de 2026 dans le petit appartement que nous avons loué au centre de Santiago, pour ce qui sera nos derniers jours dans cette région du monde. On est quand même bien occupés car il faut tout préparer pour notre envol à destination du prochain continent :
mettre de l’ordre et trier nos affaires
effectuer le service de la moto et monter un train de pneus neufs
faire un lavage minutieux de tout notre équipement et de la bagagerie
effectuer un lavage en profondeur de la moto
faire diverses démarches pour l’organisation du frêt aérien, dont un passage chez le notaire pour une procuration
et j’oublie probablement certains détails, mais je crois qu’on est fin prêts…
Le moment est venu de faire une petite rétrospective et de jeter un regard sur le chemin parcouru depuis que nous avons atterri à Montréal le 12 avril 2023. En un peu plus de 1’000 jours d’aventure nous avons visité 19 pays et parcourus plus de 110’000 kilomètres au guidon de notre fidèle Salamandre. Des rives de l’océan Arctique aux côtes de la péninsule Antarctique, en passant par l’archipel des Galápagos et la pointe la plus à l’Est du Brésil, nous avons sillonné Les Amériques de haut en bas et de long en large. Ce fut une expérience extraordinaire et exceptionnellement enrichissante. D’un point de vue géographique mais aussi et surtout d’un point de vue humain, avec des rencontres incroyables et de nouveaux amis dans quasiment chaque pays traversé. Une vraie leçon de vie au quotidien, à côtoyer ces diverses cultures et ces populations au grand cœur. La plupart des gens ici n’ont presque rien, mais ils sont toujours prêts à aider et à partager un instant de leur quotidien, de façon amicale, conviviale et spontanée, sans n’attendre quoi que se soit en retour, si ce n’est un merci et un sourire.
Beaucoup de gens nous demandent si ce voyage était dangereux, et je crois qu’il est important de dire qu’à aucun moment nous n’avons craint pour notre sécurité. Il y a bien sûr quelques règles élémentaires à respecter, mais à mon sens l’Amérique Latine n’est pas plus dangereuse que l’Amérique du Nord, bien au contraire, et les gens y sont beaucoup plus authentiques et chaleureux !
Il est maintenant temps pour nous de tourner la page car nous avons encore beaucoup de belles choses à découvrir, et c’est avec un gros pincement au cœur que nous disons au-revoir à ce continent magnifique que nous avons adoré.
Et on vous dit à dans quelques jours, pour la suite des aventures sur un nouveau continent…
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